Votre situation

Départ à la retraite : avez-vous rassemblé tous vos avoirs de 2e pilier ?

La rente que votre caisse vous annonce ne porte que sur le capital qu’elle détient. Tout avoir resté ailleurs n’entre pas dans ce calcul et ne produira aucune rente tant que vous ne l’aurez pas réclamé.

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15 mrdde francs dorment sur des comptes oubliés en Suisse
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Pourquoi le 2e pilier se compte au moment de la retraite

Pendant quarante ans, la prévoyance professionnelle fonctionne en silence. Elle ne devient visible qu’au moment de la retraite, quand il faut convertir un capital en revenu. C’est aussi le moment où une erreur de comptage devient irréversible : la rente est calculée sur le capital que détient votre dernière caisse, et sur lui seul.

La place du 2e pilier dans le revenu de retraite1er pilierAVS et AIMinimum vital2e pilierLPPMaintien du niveau de vie3e pilier3a et 3bComplément individuelObjectif combiné AVS + LPP : environ 60% du dernier revenu
L’objectif visé par le système est le maintien du niveau de vie antérieur avec l’AVS et la LPP réunies. Si une partie de votre 2e pilier manque à l’appel, c’est cet objectif qui est manqué, et l’écart se comble avec de l’épargne privée ou pas du tout.

Le raisonnement vaut aussi pour la fiscalité. Un capital de 2e pilier de retraite est imposé séparément du revenu, à un taux réduit mais progressif, et les retraits de la même année civile sont additionnés pour déterminer ce taux. Découvrir un second avoir après avoir encaissé le premier peut donc coûter plusieurs milliers de francs d’impôt évitables.

Le bon ordre des opérations

Quatre étapes, dans cet ordre et pas dans un autre. C’est la première qui est presque toujours bâclée, et c’est pourtant celle qui conditionne les trois suivantes.

1RecenserRetrouver tous les avoirs, ycompris ceux d’employeursquittés il y a trente ans2RegrouperTransférer ce qui peutl’être, connaître le montantde ce qui reste ailleurs3DéciderArbitrer entre rente etcapital sur la base du totalréel4ÉchelonnerRépartir les retraits encapital sur plusieurs annéescivilesLes quatre étapes d’une mise à la retraite bien préparée
L’ordre compte autant que les étapes elles-mêmes : décider avant d’avoir recensé revient à arbitrer sur un montant incomplet, et échelonner devient impossible une fois le premier capital encaissé.

Recenser

L’outil central est l’extrait de compte individuel AVS, gratuit, qui liste tous les employeurs ayant annoncé un salaire pour vous. Chaque ligne correspond potentiellement à un avoir. Confrontez cette liste à ce que vous connaissez : ce qui manque est à chercher, soit chez l’ancienne caisse, soit sur un compte de libre passage, soit auprès de la Fondation institution supplétive.

Regrouper

Tant que vous êtes en activité, un avoir de libre passage peut en principe être transféré dans la caisse de votre employeur, ce qui augmente la base de calcul de la rente et parfois le potentiel de rachat. Une fois la retraite prise, ce transfert n’est plus possible : l’avoir retrouvé ne peut plus qu’être versé en capital.

Rente ou capital : ce que l’arbitrage engage vraiment

La question est posée à tout le monde et tranchée trop vite. Elle ne se réduit pas à un calcul de rendement, elle porte sur la répartition des risques entre vous et l’institution.

Les deux formes de prestation et ce qu’elles déplacentRente viagèreCapitalRevenuGaranti à vie, montant connuÀ gérer et à faire durer soi-mêmeRisque de longévitéPorté par la caissePorté par vousRisque de placementPorté par la caissePorté par vousFiscalitéImposée comme un revenu, chaque annéeImpôt unique réduit à la sortieTransmissionRente de conjoint selon règlementSolde transmis aux héritiersFlexibilitéAucune, la décision est définitiveTotale, y compris pour un projet
Il n’y a pas de bonne réponse générale. La solution mixte, une part en rente pour couvrir les charges fixes et une part en capital pour les projets et les imprévus, est celle qui répond le plus souvent aux deux préoccupations à la fois.

La forme de la prestation dépend aussi de l’endroit où se trouve l’avoir. Une caisse de pension peut servir une rente. Une fondation de libre passage, dans la quasi-totalité des cas, ne verse qu’un capital. Autrement dit, un avoir oublié en libre passage ne deviendra jamais une rente, quelle que soit votre préférence. Les conséquences fiscales du choix sont détaillées sur la page retirer son 2e pilier.

Ce que la caisse vous envoie, et ce qu’elle ne voit pas

Quelques mois avant l’âge réglementaire, votre caisse vous adresse un décompte de prestations. Ce document est fiable, mais son périmètre est étroit : il ne rend compte que de ce que cette caisse détient.

Lire le décompte de retraite : ce qu’il dit et ce qu’il ne dit pasDécompte de prestations de votre caisseAvoir de vieillesse totalMontant au jour du départUniquement cette caisseDont part obligatoireSelon le minimum légalDétermine le taux minimalTaux de conversion appliquéSelon le règlementVarie d’une caisse à l’autreRente annuelle projetéeMontant brutImposable comme un revenuPrestations apportéesTransferts reçusUne ligne vide signale un avoir resté ailleursDélai de décision capitalSouvent plusieurs moisPréavis à respecter impérativement
La ligne des prestations apportées est le meilleur indicateur dont vous disposez. Vide ou faible alors que vous avez eu plusieurs employeurs, elle signifie qu’un ou plusieurs avoirs sont restés en route.

Pour décoder chaque poste de ce document, notre page sur la lecture du certificat LPP reprend les rubriques une à une. Et si vous ne savez plus quelle institution a succédé à celle de votre ancien employeur, la page quelle caisse de pension détient votre avoir explique comment remonter les fusions successives.

Ce qu’il faut demander à chaque institution

Une fois les pistes identifiées, la démarche se répète à l’identique auprès de chaque institution. Vous demandez par écrit la confirmation de l’existence d’un avoir à votre nom, son montant à ce jour, la décomposition entre part obligatoire et part surobligatoire, la forme de prestation possible, et le délai de préavis applicable. Ces cinq informations suffisent à intégrer l’avoir dans votre planification.

Le numéro AVS à treize chiffres identifie votre dossier auprès de n’importe quelle institution suisse, et il ne change jamais, même après un mariage, un divorce ou un départ à l’étranger. Il est donc l’élément central de toute demande. Les anciens noms d’employeur et les années d’activité accélèrent la recherche lorsque l’institution a fusionné ou changé de dénomination, ce qui est courant sur trente ans.

Deux réponses méritent d’être anticipées. La première est le silence : une institution qui ne répond pas dans un délai raisonnable doit être relancée par écrit, et l’autorité de surveillance des fondations de prévoyance peut être saisie en cas de blocage. La seconde est la réponse négative : elle signifie seulement que cette institution-là ne détient rien, pas qu’aucun avoir n’existe. Il faut la comprendre comme une piste éliminée, pas comme une conclusion.

Enfin, pensez à vérifier votre situation matrimoniale passée. En cas de divorce, une part de la prévoyance constituée pendant le mariage a pu être attribuée par jugement puis transférée sur un compte ouvert à votre nom, sans que vous en ayez jamais été informé autrement que par le dispositif du jugement. Ces parts transférées comptent parmi les avoirs les plus fréquemment non réclamés au moment de la retraite.

Le levier fiscal des retraits échelonnés

Les capitaux de prévoyance retirés au cours d’une même année civile sont additionnés pour déterminer le taux d’imposition, qui est progressif. Deux retraits de cent mille francs la même année sont donc plus taxés que deux retraits de cent mille francs sur deux années successives. Les barèmes sont cantonaux et communaux, les écarts entre cantons sont importants, et seule votre administration de domicile peut vous donner le montant exact.

Configuration Effet sur l’impôt Condition à réunir
Un seul avoir, retiré en une fois Taux le plus élevé applicable au montant total Aucune marge de manoeuvre
Deux comptes de libre passage distincts Retraits répartis sur deux années civiles, taux plus bas sur chaque part Ne pas les avoir regroupés avant
Capital LPP et 3e pilier la même année Les montants s’additionnent, effet contre-productif Décaler le 3a d’une année
Retrait partiel puis rente pour le solde Impôt réduit sur la part en capital, revenu imposable sur la rente Le règlement de la caisse doit l’autoriser

Attention

Regrouper systématiquement tous ses comptes de libre passage avant la retraite peut être une erreur fiscale. Deux comptes distincts permettent d’échelonner les retraits sur deux années civiles, alors qu’un compte unique impose un versement unique. Le regroupement se justifie pendant la vie active, beaucoup moins dans les cinq dernières années.

Ces configurations se combinent, et le meilleur montage dépend de votre canton de domicile au moment du versement, du nombre de comptes dont vous disposez et de la date exacte de votre départ. Un déménagement intercantonal l’année du retrait peut modifier la note de manière sensible, dans un sens comme dans l’autre, raison de plus pour arrêter le calendrier avant d’agir.

Quand lancer la recherche

Le bon moment se situe trois à cinq ans avant la date de départ envisagée. Ce délai laisse le temps de faire aboutir les demandes auprès des institutions, d’organiser un regroupement si c’est pertinent, et surtout de planifier l’échelonnement des retraits. Si vous envisagez un départ avant l’âge ordinaire, la page retraite anticipée et 2e pilier détaille les contraintes de calendrier supplémentaires.

Bon à savoir

Une recherche reste utile après la retraite. Le droit à la prestation de vieillesse ne se prescrit pas de votre vivant, et un avoir retrouvé à 70 ou 75 ans vous est versé normalement. Vous perdez seulement la possibilité de l’intégrer à votre rente et d’optimiser l’année du retrait.

La Centrale du 2e pilier constitue un premier réflexe utile, mais elle ne recense que les avoirs annoncés comme sans contact par les institutions. Un compte de libre passage qui vous adresse encore un relevé annuel à une adresse périmée n’y figure pas. C’est pourquoi une recherche complète auprès des caisses et fondations va plus loin qu’une simple interrogation du registre.

Ce qu’il faut retenir

  • La rente ne porte que sur le capital détenu par la caisse qui la verse
  • Un avoir de libre passage ne produit jamais de rente, seulement un capital
  • Recenser d’abord, décider ensuite : l’ordre inverse fait perdre de l’argent
  • Les capitaux retirés la même année civile s’additionnent pour le calcul du taux
  • Garder deux comptes distincts peut valoir mieux que tout regrouper
  • Trois à cinq ans avant le départ est le bon moment pour lancer la recherche

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Questions fréquentes

Ma caisse me prévient-elle automatiquement quand j’atteins l’âge de la retraite ?

Votre dernière caisse, oui, parce qu’elle suit votre dossier et connaît votre adresse. Une fondation de libre passage qui a perdu votre trace, non : elle conservera l’avoir sans rien verser tant que vous ne vous manifestez pas.

Puis-je encore transférer un avoir retrouvé dans ma caisse pour augmenter ma rente ?

Uniquement tant que vous êtes affilié et que la retraite n’est pas prise. Une fois la prestation de vieillesse demandée, le transfert n’est plus possible et l’avoir retrouvé ne peut être versé qu’en capital.

Dois-je annoncer ma décision entre rente et capital longtemps à l’avance ?

Oui. La plupart des règlements imposent un préavis écrit pour un versement en capital, souvent de plusieurs mois et parfois jusqu’à trois ans avant la date de départ. Demandez ce délai à votre caisse dès que vous fixez une date, il est irrattrapable.

Mon conjoint doit-il consentir au versement en capital ?

Oui. Le consentement écrit du conjoint ou du partenaire enregistré est exigé, parce que le choix du capital supprime la rente de conjoint qui aurait été versée après votre décès. C’est une décision de couple autant qu’une décision fiscale.