Votre situation

Divorce ou séparation : votre part de prévoyance a-t-elle été versée ?

Le partage de la prévoyance est prononcé par le juge, mais il est exécuté des mois plus tard, entre institutions. C’est dans cet intervalle que des montants entiers cessent d’être suivis.

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Le 2eme pilier en cas de divorce : un partage prononcé, puis exécuté ailleurs

Le traitement du 2eme pilier en cas de divorce repose sur un principe simple : les avoirs de prévoyance professionnelle constitués entre la date du mariage et l’introduction de la procédure sont partagés par moitié entre les époux. Peu importe lequel des deux a travaillé, peu importe le régime matrimonial choisi, et peu importe qui a demandé le divorce. Le juge prononce ce partage d’office, il ne dépend pas d’une demande.

La difficulté ne vient jamais du principe, elle vient de l’exécution. Le tribunal ordonne le transfert, mais il ne le réalise pas lui-même. Ce sont les institutions de prévoyance qui s’exécutent, souvent plusieurs mois après le jugement définitif, à un moment où les deux ex-conjoints ont d’autres priorités et où l’un des deux a fréquemment déménagé.

1Le juge décideIl fixe la période dumariage et interroge chaquecaisse de pension2Le calculLa moitié de la différencedes avoirs acquis pendant lemariage est déterminée3Le transfertLa caisse débitrice verse lapart à l’institution del’autre époux4Sans destinationLa part est placée sur uncompte de libre passageouvert d’officeLe trajet de la part de prévoyance après le jugement
Le quatrième cas est celui qui produit des avoirs non réclamés : le compte est ouvert au nom du bénéficiaire, avec l’adresse figurant au dossier, et parfois sans que celui-ci comprenne ce qu’il reçoit.

Comment le montant est calculé

Chaque caisse de pension établit, à la demande du tribunal, le montant accumulé par son assuré au début du mariage et à la date d’introduction de la procédure. La différence correspond à la prévoyance acquise pendant le mariage. On compare ensuite les deux différences, et l’époux dont l’accroissement est le plus élevé transfère la moitié de l’écart à l’autre.

Certains éléments sortent du calcul : les avoirs apportés avant le mariage et leurs intérêts, ainsi que les montants provenant d’une succession ou d’une donation reçue pendant le mariage, dans la mesure où ils peuvent être documentés. À l’inverse, un versement anticipé utilisé pour acquérir un logement pendant le mariage est en principe réintégré dans le calcul, ce qui surprend souvent le propriétaire du bien.

Élément Entre dans le partage Remarque
Avoir constitué avant le mariage Non Intérêts sur cet avoir également exclus
Avoir constitué pendant le mariage Oui Cœur du partage, par moitié
Rachats volontaires pendant le mariage Oui Sauf origine successorale documentée
Versement anticipé pour le logement Oui Réintégré au calcul même si le bien a été vendu
Compte de libre passage ouvert pendant le mariage Oui Souvent oublié dans la déclaration au juge
3e pilier lié Non Relève du régime matrimonial, pas de la LPP

Comment le tribunal obtient les chiffres

Le juge s’adresse directement aux institutions de prévoyance de chaque époux et leur demande une attestation indiquant l’avoir au jour du mariage, augmenté des intérêts, et l’avoir à la date d’introduction de la procédure. Les caisses répondent sur la base de leurs propres registres, ce qui rend le calcul fiable pour les périodes qu’elles connaissent. Le point faible se situe en amont : le tribunal n’interroge que les institutions qui lui ont été signalées.

Si l’un des époux a laissé un avoir chez un ancien employeur ou sur un compte de libre passage ouvert lors d’une interruption de carrière, et qu’il ne l’a pas déclaré, personne ne le découvrira. Il n’existe aucun inventaire central de la prévoyance d’une personne que le juge pourrait consulter. Le partage porte alors sur une partie seulement des avoirs, et l’omission ne se corrige pas spontanément après le jugement.

Ce que le partage change pour celui qui verse

L’époux débiteur voit son avoir de vieillesse diminuer du montant transféré, ce qui réduit d’autant sa future rente. La loi lui ouvre une compensation : il peut racheter la part cédée auprès de sa caisse, dans les limites du règlement, et ce rachat est déductible du revenu imposable comme un rachat ordinaire. Beaucoup l’ignorent et laissent passer un levier fiscal qui reste ouvert des années.

Le partage a également un effet sur la couverture des risques. Les prestations de décès et d’invalidité étant souvent calculées à partir de l’avoir accumulé, une baisse du capital peut réduire les prestations assurées. Le certificat de prévoyance émis après l’exécution du partage est le document à vérifier, ligne par ligne, pour mesurer l’effet réel.

Les trois moments où la part cesse d’être suivie

Vous n’aviez pas de caisse de pension à l’époque

C’est le cas le plus fréquent chez la personne qui avait réduit ou cessé son activité pendant le mariage. Sans employeur, il n’y a pas de caisse d’accueil : la part est placée sur un compte de libre passage ouvert à votre nom, souvent auprès de la Fondation institution supplétive. Vous recevez un courrier d’ouverture que rien ne distingue d’un courrier administratif ordinaire, et vous le classez.

Vous avez déménagé juste après le jugement

Le divorce s’accompagne presque toujours d’un changement de domicile, et le transfert intervient après. Le courrier d’ouverture part alors à l’adresse conjugale que vous venez de quitter. Sans réexpédition, il ne vous atteindra jamais, et l’institution n’a aucun moyen d’apprendre votre nouvelle adresse.

Le divorce est antérieur à la révision de 2017

Avant l’entrée en vigueur du nouveau droit du partage, en 2017, les modalités étaient plus hétérogènes. Le partage était calculé au jour du jugement et non à l’introduction de la procédure, certaines situations donnaient lieu à une indemnité équitable plutôt qu’à un transfert, et l’exécution était parfois différée de plusieurs années. Les dossiers les plus anciens sont ceux où la trace est la plus mince.

Localiser une part de prévoyance issue d’un divorceSavez-vous où se trouve aujourd’hui la part qui vous a été attribuée ?Vous étiez affilié à une caisse de pensionLa part figure sur votre certificat de prévoyanceVous n’aviez pas d’employeur à ce moment-làCompte de libre passage ouvert d’office à votre nomVous avez changé d’adresse dans la fouléeCompte existant, courrier jamais reçuLe jugement date d’avant 2017Vérifier si le transfert a bien été exécuté
Seule la première branche se vérifie en quelques minutes. Les trois autres supposent une recherche auprès des institutions, car aucun document en votre possession ne mentionnera le compte.

Attention

Un changement de nom après le divorce complique fortement la recherche. Les institutions classent les dossiers sous le nom en vigueur au moment de l’ouverture du compte. Si vous avez repris votre nom de célibataire, indiquez systématiquement les deux noms dans toute démarche, sans quoi le dossier reste introuvable alors qu’il existe.

Un dernier facteur joue contre la mémoire des dossiers : les institutions de prévoyance fusionnent, changent de nom ou transfèrent leurs portefeuilles. La caisse mentionnée dans un jugement de 1998 n’existe peut-être plus sous cette raison sociale, sans que cela éteigne quoi que ce soit. Son successeur juridique a repris les engagements, et c’est à lui qu’il faut désormais s’adresser.

Ce que vous pouvez vérifier vous-même

Commencez par le jugement de divorce et par la convention qui l’accompagne. Le dispositif mentionne le montant exact à transférer, l’institution débitrice et, lorsqu’elle était connue, l’institution destinataire. Ce document reste valable indéfiniment : il constitue le titre juridique de votre créance, même trente ans après.

Comparez ensuite ce montant à ce que vous connaissez de vos propres avoirs. Si vous étiez affilié à une caisse, le transfert doit apparaître sur votre certificat de prévoyance de l’année suivante, sous la ligne des prestations apportées. S’il n’apparaît nulle part, la part est ailleurs, et elle vous attend.

Les vérifications à faire avant de conclure que tout est régléJe retrouve le jugement ou la convention et le montant à transférer y figureJe sais si j’étais affilié à une caisse de pension au moment de l’exécutionLe montant apparaît sur un certificat de prévoyance ou un relevé de libre passageJe n’ai pas déménagé dans les douze mois qui ont suivi le jugementJe n’ai pas changé de nom de famille après le divorce
Une seule case non cochée suffit à justifier une vérification. Le montant en jeu correspond souvent à plusieurs années de cotisations.

Bon à savoir

La part reçue lors d’un divorce garde la nature d’un avoir de prévoyance. Elle reste bloquée jusqu’à la retraite, sauf motif légal de versement anticipé, et le vocabulaire employé dans les jugements est expliqué dans notre glossaire de la prévoyance.

Un point souvent négligé au moment du divorce : la déclaration des avoirs au tribunal repose sur ce que chaque époux annonce et sur ce que les institutions confirment. Un compte de libre passage ancien, ouvert lors d’une interruption de carrière et oublié depuis, peut n’avoir jamais été mentionné. Il aurait pourtant dû entrer dans le calcul du partage, puisqu’il a été alimenté pendant le mariage.

Si la part n’a jamais été versée

Il arrive que le transfert n’ait tout simplement pas été exécuté, par exemple parce que l’institution destinataire n’a jamais été communiquée ou parce qu’un dossier s’est perdu lors d’une fusion de caisses. Votre créance subsiste : elle repose sur un jugement exécutoire, et l’institution débitrice reste tenue de s’exécuter.

La démarche consiste alors à identifier l’institution qui détenait l’avoir de votre ex-conjoint à l’époque, ce qui suppose de remonter son parcours professionnel, puis à lui présenter le jugement. Une recherche d’avoirs couvre en parallèle votre propre nom auprès de la Centrale du 2e pilier et des fondations de libre passage, ce qui permet souvent de trouver le compte avant même de contacter l’institution débitrice.

Ce qu’il faut retenir

  • Le partage porte sur la prévoyance acquise pendant le mariage, par moitié
  • L’exécution a lieu entre institutions, plusieurs mois après le jugement
  • Sans caisse d’accueil, la part est placée sur un compte de libre passage ouvert d’office
  • Le jugement reste le titre de votre créance, sans limite de durée
  • Un déménagement ou un changement de nom suffit à rendre le compte invisible, jamais à l’annuler

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Questions fréquentes

Mon ex-conjoint peut-il empêcher le transfert ?

Non. Le partage est ordonné par le tribunal et exécuté d’institution à institution, sans que la coopération de votre ex-conjoint soit nécessaire. Sa caisse de pension applique le jugement, indépendamment de sa volonté.

Le partage s’applique-t-il aussi à une séparation de corps ou à un concubinage ?

Le partage obligatoire suppose un divorce ou la dissolution d’un partenariat enregistré. Une simple séparation de fait ou de corps ne déclenche pas le partage, et le concubinage n’y donne aucun droit, quelle que soit la durée de la vie commune.

Puis-je demander le partage des années après le divorce ?

Si le jugement a omis de statuer sur la prévoyance, une action en complément du jugement reste envisageable, mais elle est étroitement encadrée. Si le partage a bien été ordonné et jamais exécuté, il ne s’agit pas de rouvrir le divorce : il suffit de faire appliquer un jugement qui existe déjà.

Le partage réduit-il ma future rente AVS ?

Non, ce sont deux systèmes distincts. Le partage LPP concerne le 2e pilier. Pour l’AVS, les revenus des époux sont répartis par moitié pour les années de mariage selon un mécanisme séparé, appelé partage des revenus, géré par les caisses de compensation.