Comprendre la LPP

Cotisation LPP : comment votre 2e pilier se construit, année après année

La cotisation LPP ne porte pas sur l’ensemble de votre salaire, et ne sert pas entièrement à votre épargne. Trois notions suffisent pourtant à comprendre comment votre capital se forme.

VulgariséChiffres 2026Sources officielles
3piliers dans le système suisse
1 300+institutions de prévoyance
60%du dernier revenu visé par AVS et LPP

Le calcul de la cotisation LPP en quatre étapes

La cotisation LPP déroute parce qu’elle ne s’applique jamais au salaire brut. Elle passe par une base intermédiaire, le salaire coordonné, qui peut être bien plus faible que votre rémunération réelle. Comprendre cette mécanique explique à la fois le montant retenu sur votre fiche de salaire et la taille de l’avoir que vous laissez derrière vous en changeant d’emploi.

1Le seuilVotre salaire annueldépasse-t-il le seuild’entrée LPP ?2La déductionOn retire la déduction decoordination, part couvertepar l’AVS3Le salaire coordonnéCe qui reste devient la baseassurée4La bonificationUn pourcentage lié à l’âgealimente votre avoir devieillesseDu salaire brut à la bonification de vieillesse
Chaque étape réduit la base de calcul. C’est la raison pour laquelle deux personnes au même salaire, mais affiliées à des caisses aux règlements différents, ne constituent pas le même capital.

Étape 1 : le seuil d’entrée

En dessous d’un salaire annuel minimal fixé par la loi et indexé périodiquement, l’affiliation à la prévoyance professionnelle obligatoire ne s’applique pas. C’est ce seuil qui explique qu’un emploi à temps très partiel, un job d’étudiant de quelques heures par semaine ou une activité accessoire ne génèrent pas toujours d’avoir de vieillesse.

Au-dessus du seuil, en revanche, l’affiliation est obligatoire dès le premier jour, même pour un contrat de trois mois. C’est le point le plus systématiquement ignoré : un stage rémunéré, un remplacement d’été ou une mission saisonnière au-delà du seuil ont bel et bien produit un avoir, qui existe toujours quelque part. Plusieurs employeurs simultanés peuvent en outre être additionnés sur demande pour atteindre le seuil.

Étape 2 : la déduction de coordination

Une part de votre salaire est réputée déjà couverte par le 1er pilier. Elle est donc soustraite avant tout calcul, afin d’éviter que les deux piliers assurent deux fois le même revenu. Cette soustraction s’appelle la déduction de coordination, et son montant légal est également indexé.

La conséquence est mal comprise et pourtant décisive à temps partiel. La déduction est un montant fixe, pas un pourcentage : appliquée à un salaire réduit de moitié, elle absorbe une part bien plus importante de la rémunération et le salaire assuré fond. Beaucoup de règlements corrigent aujourd’hui cet effet en adaptant la déduction au taux d’occupation, mais ce n’est pas une obligation légale généralisée.

L’effet de la déduction de coordination selon le taux d’occupationPlein tempsTemps partiel à 50%Salaire annuel90 00045 000Déduction de coordinationMontant fixe légalLe même montant fixeSalaire assuré résultantProche du salaire réelFortement réduit en proportionBonification annuelleProportionnelle au salaire assuréBeaucoup plus faible que la moitiéEffet sur l’avoir finalProgression régulièreÉcart cumulé important sur une carrière
Passer à mi-temps ne divise pas la cotisation LPP par deux, elle la réduit bien davantage. C’est l’une des principales causes de lacune de prévoyance, et l’une des justifications les plus fréquentes d’un rachat volontaire.

Étape 3 : le salaire coordonné

Ce qui reste après la déduction est le salaire coordonné, aussi appelé salaire assuré. C’est lui, et lui seul, qui sert de base aux cotisations d’épargne, aux primes de risque et au calcul des prestations. La loi fixe également un salaire coordonné minimal pour les revenus modestes et un plafond au-delà duquel l’assurance obligatoire ne s’applique plus.

Au-delà de ce plafond, votre caisse peut assurer davantage : c’est la partie surobligatoire, régie par le seul règlement. Les plans dits enveloppants couvrent ainsi la totalité du salaire, souvent avec une déduction de coordination réduite. Cette part supplémentaire apparaît distinctement sur votre certificat de prévoyance.

Les bonifications de vieillesse, tranche d’âge par tranche d’âge

La part de la cotisation LPP destinée à l’épargne s’appelle la bonification de vieillesse. Elle est exprimée en pourcentage du salaire coordonné et augmente par paliers avec l’âge, selon un barème minimal fixé par la loi.

Bonification de vieillesse minimale, en pourcentage du salaire coordonné04914187%25 à 34 ans10%35 à 44 ans15%45 à 54 ans18%55 ans à la retraiteTaux minimaux légaux. De nombreux règlements prévoient des bonifications supérieures, notamment sur la part surobligatoire.
Le taux plus que double entre le début et la fin de carrière. Un avoir constitué après 45 ans pèse donc bien plus lourd que le même nombre d’années travaillées à 30 ans, à salaire égal.
Tranche d’âge Bonification minimale Ce que cela implique
25 à 34 ans 7% du salaire coordonné Constitution lente, mais longue durée de capitalisation
35 à 44 ans 10% L’avoir commence à progresser nettement
45 à 54 ans 15% La tranche où un changement d’emploi laisse le plus derrière soi
55 ans à l’âge de la retraite 18% Effort maximal, mais peu d’années pour capitaliser

Ce barème progressif a une conséquence directe sur les avoirs oubliés. Un poste occupé trois ans entre 45 et 55 ans, avec un salaire correct, laisse fréquemment plusieurs dizaines de milliers de francs. Si cet avoir n’a pas suivi lors du changement d’employeur, il dort aujourd’hui sur un compte de libre passage et continue de porter intérêt sans que personne ne vous en informe.

Qui paie quoi, et ce qui n’est pas de l’épargne

La loi impose à l’employeur de financer au minimum la moitié du total des cotisations. Beaucoup de règlements vont au-delà, avec des répartitions de soixante ou soixante-cinq pour cent à charge de l’entreprise. Votre part est retenue directement sur votre salaire et figure sur votre fiche mensuelle.

Point souvent ignoré : la cotisation LPP totale ne se limite pas à la bonification de vieillesse. S’y ajoutent les primes destinées à couvrir les risques de décès et d’invalidité, ainsi que les frais administratifs de l’institution. Ces montants achètent une couverture réelle, mais ils n’alimentent pas votre capital.

Décomposition indicative d’une cotisation LPP totaleBonification de vieillesse70%Alimente votre avoir personnelPrimes de risque22%Décès et invalidité, aucune épargneFrais8%Gestion de l’institutionProportions illustratives. La part des primes de risque augmente sensiblement avec l’âge et selon le plan de prévoyance.
Seule la première part se retrouve sur votre certificat en fin d’année. C’est pourquoi l’avoir progresse toujours moins vite que la somme des cotisations prélevées ne le laisserait penser.

Bon à savoir

Vous pouvez augmenter volontairement votre capital au-delà des bonifications réglementaires par un rachat déductible du revenu imposable. Le potentiel disponible est indiqué chaque année sur votre certificat, et il tient compte des avoirs de libre passage que vous détenez ailleurs, même sans les avoir transférés.

Les situations qui font baisser la cotisation LPP sans prévenir

Le passage à temps partiel

C’est le cas le plus fréquent et le plus sous-estimé. Réduire son activité de vingt pour cent ne réduit pas la cotisation d’autant : la déduction de coordination reste identique en francs, elle absorbe donc une part plus grande du salaire restant, et le salaire assuré chute davantage. Sur une carrière, l’écart cumulé se compte en dizaines de milliers de francs de capital.

Le changement d’employeur en cours d’année

Chaque nouvelle affiliation redémarre le calcul avec le plan de prévoyance de la nouvelle caisse. Si celle-ci applique une déduction de coordination plus élevée ou un taux de bonification limité au minimum légal, votre effort d’épargne baisse à salaire égal. Ce point mérite d’être vérifié dans la documentation remise à l’embauche, au même titre que le salaire lui-même.

Les emplois multiples et le travail sur appel

Une personne cumulant plusieurs postes peut rester sous le seuil d’entrée chez chacun d’eux et n’être assurée nulle part, alors que son revenu total le justifierait largement. La loi permet dans ce cas de demander une affiliation volontaire tenant compte de l’ensemble des salaires, mais la démarche appartient au salarié et personne ne la lui rappelle.

Ce que la cotisation LPP révèle sur vos avoirs oubliés

Chaque période d’affiliation obligatoire a produit un avoir, sans exception. Si vous avez travaillé en Suisse au-dessus du seuil d’entrée, ne serait-ce que quelques mois, un capital existe à votre nom, indépendamment du fait que vous vous en souveniez ou non. La loi ne prévoit aucune extinction de ce droit de votre vivant, comme l’explique notre page sur la prescription des avoirs LPP.

Le raisonnement inverse est également utile, et il ne demande aucun document officiel. Reprenez votre carrière année par année et estimez, pour chaque poste, la bonification qui s’appliquait à votre âge de l’époque. Un emploi de deux ans à 48 ans sur un salaire coordonné de soixante mille francs représente environ dix-huit mille francs de bonifications, employeur compris, auxquels s’ajoutent vingt ans d’intérêts. L’ordre de grandeur obtenu suffit à décider s’il vaut la peine de chercher.

Le vocabulaire employé ici, du salaire coordonné à la prestation de sortie, est repris et défini dans notre glossaire de la prévoyance. Et si la comparaison entre vos anciens employeurs et vos avoirs identifiés laisse un doute, notre recherche d’avoirs de prévoyance interroge la Centrale du 2e pilier, la Fondation institution supplétive et les caisses suisses à partir de votre numéro AVS.

Attention

Ne déduisez pas d’un salaire modeste que l’avoir est négligeable. L’intérêt crédité pendant vingt ou trente ans transforme régulièrement quelques milliers de francs en un montant significatif, et la découverte tardive prive de la possibilité d’échelonner les retraits pour réduire l’impôt.

Ce qu’il faut retenir

  • La cotisation LPP porte sur le salaire coordonné, jamais sur le salaire brut
  • La déduction de coordination pénalise fortement les taux d’occupation réduits
  • Les bonifications passent de 7 à 18 pour cent du salaire coordonné selon l’âge
  • L’employeur finance au moins la moitié du total, primes de risque comprises
  • Toute période d’affiliation obligatoire a laissé un avoir qui existe encore aujourd’hui

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Questions fréquentes

Qui paie les cotisations LPP ?

L’employeur et le salarié. La loi impose à l’employeur de financer au minimum la moitié du total, et de nombreux règlements prévoient une part patronale plus élevée. La part salariale est retenue directement sur le salaire mensuel.

Pourquoi mon salaire assuré est-il si bas ?

À cause de la déduction de coordination, qui retire du calcul la part de revenu déjà couverte par l’AVS. Comme il s’agit d’un montant fixe et non d’un pourcentage, l’effet est particulièrement marqué sur les salaires modestes et les temps partiels.

Puis-je cotiser davantage que le minimum légal ?

Oui, de deux façons. Certains règlements proposent plusieurs plans de cotisation entre lesquels vous pouvez choisir, généralement à une date fixée dans l’année. Vous pouvez par ailleurs verser un rachat volontaire, déductible du revenu imposable, dans la limite du potentiel indiqué sur votre certificat.

Est-ce que je cotise encore pendant un congé maternité ou une incapacité de travail ?

En principe oui, tant que les rapports de travail se poursuivent et qu’un salaire ou une indemnité journalière est versé. En cas d’incapacité prolongée, la plupart des règlements prévoient une libération du paiement des cotisations, l’avoir continuant alors d’être alimenté sans prélèvement.