Votre situation
2e pilier suisse et résident français : où est passé votre avoir ?
Une carrière en Suisse, même courte, laisse un avoir de prévoyance professionnelle. Le passage en France ne le fait pas disparaître : il le fige, souvent à une adresse qui n’est plus la vôtre.
Ce qui reste de votre 2e pilier suisse quand vous vivez en France
Des centaines de milliers de personnes ont travaillé quelques années en Suisse avant de s’installer durablement en France. Presque toutes ont constitué un avoir de prévoyance professionnelle, souvent sans y prêter attention, parce que la cotisation figurait simplement sur la fiche de salaire. Ce 2e pilier suisse ne s’efface pas au passage de la frontière : il reste inscrit à votre nom auprès d’une caisse de pension, d’une fondation de libre passage ou de la Fondation institution supplétive.
Le mécanisme juridique est simple. Un avoir de prévoyance vous appartient, l’institution qui le détient n’en est que la dépositaire, et ce droit ne s’éteint pas de votre vivant. La difficulté n’est donc jamais juridique, elle est pratique : l’institution vous écrit à la dernière adresse qu’elle connaît. Après un déménagement en France, deux ou trois courriers reviennent, puis le dossier passe en sommeil.
Le cas typique est celui d’un ressortissant français ayant travaillé trois, cinq ou dix ans en Suisse dans les années nonante ou deux mille, avant de rentrer. Le compte existe toujours, il a produit des intérêts pendant vingt ans, et personne ne le réclame. C’est très exactement la population que la Centrale du 2e pilier ne parvient pas à joindre.
Part obligatoire et part surobligatoire : la coupure décisive
Le départ définitif de Suisse fait partie des motifs qui autorisent le versement anticipé de l’avoir de prévoyance. Mais depuis l’entrée en vigueur de l’accord sur la libre circulation des personnes avec l’Union européenne, ce droit est coupé en deux, et c’est le point que presque personne n’a en tête.
Si vous êtes affilié à titre obligatoire à l’assurance vieillesse, invalidité et survivants d’un État de l’Union européenne ou de l’AELE, ce qui est le cas de la quasi-totalité des personnes qui travaillent ou perçoivent une pension en France, la part obligatoire ne peut pas vous être versée en espèces. Elle reste en Suisse sur un compte ou une police de libre passage, où elle attend. Elle redevient disponible au plus tôt cinq ans avant l’âge ordinaire de la retraite, ou plus tôt en cas d’invalidité totale.
La part surobligatoire, c’est-à-dire tout ce qui excède le minimum légal, échappe à ce blocage et peut être demandée en espèces dès le départ définitif. Beaucoup d’anciens résidents ont ainsi retiré une partie de leur avoir en quittant la Suisse, en croyant avoir tout récupéré, alors qu’un solde obligatoire dort toujours quelque part.
Attention
Avoir retiré quelque chose au moment du départ ne prouve pas que tout a été retiré. La part obligatoire reste sur un compte de libre passage ouvert à votre nom, parfois par une institution que vous n’avez jamais choisie. C’est la première chose à vérifier avant de conclure que votre dossier suisse est clos.
Ce que vous pouvez demander, selon votre situation en France
Trois situations se rencontrent en pratique, et elles n’ouvrent pas les mêmes droits.
Le cas de l’achat immobilier mérite d’être souligné, parce qu’il est mal connu. L’encouragement à la propriété du logement s’applique aussi à un bien situé hors de Suisse, à condition qu’il s’agisse de votre résidence principale, ce que vous devrez démontrer par des pièces. C’est l’une des rares voies permettant de mobiliser une partie de la part obligatoire avant l’âge de la retraite, et elle est décrite plus en détail sur notre page consacrée au retrait du 2e pilier.
La fiscalité : impôt à la source suisse, puis déclaration française
L’impôt à la source prélevé en Suisse
Un capital de prévoyance versé à une personne domiciliée à l’étranger est soumis à un impôt à la source prélevé en Suisse. Le point contre-intuitif est que le canton compétent n’est pas celui où vous avez travaillé, mais celui du siège de l’institution qui verse le capital. Une fondation de libre passage établie à Schwytz, à Zurich ou à Genève n’applique donc pas le même barème pour le même montant.
Le remboursement au titre de la convention franco-suisse
La convention de double imposition entre la Suisse et la France attribue en principe l’imposition des pensions et des capitaux de prévoyance à l’État de résidence. Concrètement, il est en général possible de demander le remboursement de l’impôt suisse prélevé à la source, en produisant une attestation du centre des finances publiques français confirmant que le capital est bien pris en compte en France. La demande se fait auprès de l’administration du canton qui a prélevé, dans les délais qu’elle fixe.
Le traitement du capital en France
Côté français, le traitement dépend de la forme du versement, du caractère déductible des cotisations d’origine et du fait que le capital soit versé en une seule fois ou fractionné. Selon les cas, un régime particulier d’imposition des prestations de retraite versées en capital peut s’appliquer, et des prélèvements sociaux peuvent être dus. Ces règles évoluent et se combinent avec votre situation personnelle : faites valider le calcul par votre service des impôts ou par un conseil fiscal avant de déclencher le versement.
| Étape | Où cela se passe | Ce qu’il faut préparer |
|---|---|---|
| Demande de versement | Auprès de l’institution suisse | Formulaire de l’institution, pièce d’identité, numéro AVS, attestation d’assurance française |
| Signature | En France, parfois légalisée | Légalisation en mairie ou chez un notaire selon l’institution, consentement du conjoint si versement en espèces |
| Impôt à la source | Canton du siège de l’institution | Décompte de versement mentionnant le montant retenu |
| Remboursement éventuel | Administration fiscale cantonale | Attestation d’imposition en France, formulaire cantonal, dans le délai imparti |
| Déclaration | France, année du versement | Report du capital et des comptes détenus à l’étranger le cas échéant |
Retrouver l’avoir depuis la France, concrètement
Le numéro AVS, la seule pièce vraiment indispensable
La clé de toute la démarche tient en treize chiffres : votre numéro AVS suisse. Il figure sur vos anciennes fiches de salaire, sur votre carte d’assurance maladie suisse de l’époque, sur tout certificat de prévoyance conservé, et il ne change jamais. Avec lui, une copie de pièce d’identité et un mandat signé, les institutions suisses peuvent être interrogées sans que vous ayez à vous déplacer.
Bon à savoir
Un avoir suisse ne peut pas être transféré vers la retraite française. Les deux systèmes ne communiquent pas et ne totalisent pas les droits en capital. Votre avoir de 2e pilier suisse vous sera versé séparément, en capital ou en rente selon l’institution et votre âge, et votre pension française n’en tient pas compte.
Frontalier hier, résident français aujourd’hui
Beaucoup de personnes concernées ne sont pas d’anciens résidents de Suisse mais d’anciens frontaliers, qui ont toujours habité en France et ont simplement cessé de traverser la frontière. La logique de blocage est la même, mais la façon dont l’avoir se perd diffère : le frontalier n’a jamais eu de domicile suisse, donc jamais d’annonce de départ, et sa dernière caisse n’a souvent connu qu’une adresse française déjà ancienne. Si c’est votre cas, notre page dédiée au 2e pilier du frontalier détaille ce qui se passe à la fin du contrat suisse.
Si vous avez quitté la Suisse pour un autre pays que la France, les règles de blocage dépendent de l’État concerné et sont exposées sur la page départ de Suisse et 2e pilier. Enfin, si vous préférez une lecture pas à pas de la démarche, notre article sur le 2e pilier des Français ayant travaillé en Suisse reprend les étapes dans l’ordre.
Une recherche complète consiste à interroger la Centrale du 2e pilier, la Fondation institution supplétive et l’ensemble des caisses et fondations susceptibles de détenir un solde. Vous pouvez la lancer depuis la France avec votre numéro AVS, sans document suisse original.
Ce qu’il faut retenir
- Un 2e pilier suisse reste dû à un résident français sans limite de durée
- La part obligatoire est bloquée tant que vous êtes assuré obligatoirement en France
- La part surobligatoire peut être versée en espèces dès le départ définitif
- L’impôt à la source dépend du canton du siège de l’institution, pas du lieu de travail
- Le remboursement de l’impôt suisse s’obtient en général sur attestation d’imposition en France
- Le numéro AVS suffit pour lancer la recherche à distance
Vérifiez gratuitement si un avoir vous attend
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Questions fréquentes
J’ai travaillé six mois en Suisse en 2004, cela vaut-il la peine de chercher ?
Souvent oui. Dès que le salaire annualisé dépassait le seuil d’entrée LPP, une cotisation a été prélevée et un avoir existe. Six mois de cotisations valorisés pendant vingt ans représentent régulièrement plusieurs milliers de francs, et la recherche ne coûte rien tant qu’aucun avoir n’est trouvé.
Mon conjoint doit-il signer pour récupérer le capital ?
Oui pour un versement en espèces : le consentement écrit du conjoint ou du partenaire enregistré est exigé par la loi suisse, et la signature doit souvent être légalisée. Un simple transfert d’un compte de libre passage vers un autre n’exige en revanche pas ce consentement.
Dois-je déclarer mon compte de libre passage suisse en France ?
Un compte de libre passage est un avoir de prévoyance bloqué, pas un compte bancaire ordinaire, et son traitement déclaratif n’est pas identique. Les obligations dépendent de la nature exacte du contrat et de la position de votre centre des impôts, il est prudent de leur poser la question par écrit.
Puis-je demander une rente plutôt qu’un capital depuis la France ?
Cela dépend de l’institution qui détient l’avoir. Une caisse de pension verse en principe une rente si vous êtes resté affilié jusqu’à l’âge de la retraite, alors qu’une fondation de libre passage ne sert presque toujours qu’un capital. La forme de la prestation est donc déterminée par l’endroit où l’avoir a atterri.
Les autres situations
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Pour aller plus loin
Les autres rubriques du site, pour comprendre où se trouve votre avoir et ce que vous pouvez en faire.