Où sont mes avoirs
Fondation institution supplétive LPP : là où atterrissent les avoirs oubliés
C’est la caisse de dernier recours du système suisse. Elle conserve, parfois pendant des décennies, l’argent de prévoyance que plus aucune autre institution ne pouvait recevoir.
Une caisse créée par la loi, pas par un employeur
La Fondation institution supplétive LPP n’est pas une caisse de pension comme les autres. Aucun employeur ne l’a fondée, aucun assureur ne la commercialise : elle a été instituée par la loi fédérale sur la prévoyance professionnelle pour combler les trous du système. Sa raison d’être tient en une phrase : faire en sorte que personne ne sorte du 2e pilier par accident.
Elle intervient chaque fois qu’une pièce du dispositif manque. Un employeur qui néglige de s’affilier à une caisse, un chômeur qui perd sa couverture décès et invalidité, un indépendant qui veut rester assuré à titre volontaire, et surtout une prestation de sortie qui ne trouve pas de destinataire. Ce dernier cas de figure explique à lui seul une part considérable des avoirs de prévoyance oubliés en Suisse.
Sur le plan juridique, elle fonctionne comme n’importe quelle institution de prévoyance : elle est soumise à la surveillance, tient une comptabilité séparée et gère une fortune qui ne lui appartient pas. L’argent qu’elle détient reste le vôtre, quelle que soit la durée du dépôt et quel que soit le temps que vous mettez à le réclamer.
Les trois mandats de la fondation
Affilier d’office les employeurs défaillants
Un employeur suisse qui occupe du personnel soumis à la LPP doit s’affilier à une institution de prévoyance. S’il ne le fait pas, la fondation le rattache d’office, avec effet rétroactif, et réclame les cotisations. Le salarié reste ainsi couvert, même quand son patron a ignoré ses obligations pendant des années. Si vous avez travaillé dans une très petite structure, votre avoir peut donc se trouver là sans que vous ayez jamais entendu le nom de cette caisse.
Assurer les chômeurs et les affiliations volontaires
Les personnes au bénéfice d’indemnités de l’assurance chômage restent assurées pour les risques décès et invalidité auprès de la fondation. Elle accueille aussi les indépendants et les salariés qui souhaitent maintenir volontairement leur prévoyance. C’est un point utile pour toute personne ayant connu une interruption de carrière ou une période de chômage, car cette affiliation laisse une trace administrative exploitable des années plus tard.
Conserver les avoirs de libre passage sans destinataire
C’est le mandat qui vous concerne le plus directement. Lorsqu’une caisse de pension ne parvient pas à transférer votre prestation de sortie, la loi lui impose, passé un délai de six mois, de la verser à la Fondation institution supplétive LPP. Celle-ci ouvre alors un compte de libre passage à votre nom. Vous devenez titulaire d’un compte que vous n’avez jamais demandé, auprès d’une institution dont vous ignorez souvent l’existence.
Comment un avoir atterrit chez elle
Le mécanisme est toujours le même, et il ne suppose aucune faute de votre part. Il suffit qu’une information manque au bon moment.
Quatre parcours mènent presque toujours au même endroit. Un changement d’employeur sans transmission des coordonnées de la nouvelle caisse, une période sans activité entre deux postes, un départ de Suisse sans instruction laissée à la caisse, ou encore une part de prévoyance attribuée lors d’un divorce alors que le bénéficiaire n’était affilié nulle part.
Le délai de six mois se compte depuis la fin de votre affiliation, pas depuis la fin du contrat de travail, et il court sans que personne ne vous le rappelle. Une caisse consciencieuse envoie un courrier de relance, mais elle l’adresse à l’adresse figurant à son dossier. Si vous avez déménagé le mois précédent, ce qui arrive très souvent lors d’un changement de vie professionnelle, ce courrier ne vous atteint jamais et le compte à rebours s’écoule quand même.
Dans les quatre cas, la caisse d’origine agit correctement : elle applique la loi. Le problème n’est pas le versement, il est l’information. Une fois l’argent transféré, votre ancienne caisse considère le dossier clos et n’a plus aucune raison de vous écrire.
Ce que devient l’argent une fois déposé
Votre avoir est inscrit sur un compte nominatif, identifié par votre numéro AVS. Il porte intérêt à un taux fixé périodiquement par la fondation, généralement proche de ce que servent les autres fondations de libre passage, et donc souvent inférieur au rendement d’une caisse de pension active. Sur vingt ans, cet écart de rémunération se chiffre en milliers de francs.
En contrepartie, le capital n’entre pas dans votre fortune imposable tant qu’il reste en libre passage et les intérêts ne sont pas imposés comme revenu. Il n’est pas non plus saisissable dans les mêmes conditions qu’un compte bancaire ordinaire. Le dépôt n’est donc pas une catastrophe financière : c’est une immobilisation à bas rendement, doublée d’un risque d’oubli.
Attention
La fondation écrit à la dernière adresse que lui a transmise votre ancienne caisse, c’est-à-dire souvent celle que vous aviez il y a quinze ou vingt ans. Après quelques retours de courrier, elle cesse d’écrire et le dossier passe en sommeil. Ce silence n’a aucun effet sur vos droits, mais il explique pourquoi tant de personnes ignorent totalement l’existence de leur compte.
Ce que la fondation ne fait pas
Il est aussi important de savoir où s’arrête son rôle. La Fondation institution supplétive LPP ne recherche pas ses titulaires. Elle n’interroge ni le contrôle des habitants, ni l’administration fiscale, ni la caisse de compensation qui, elle, connaît parfaitement votre adresse actuelle. Elle attend que vous vous manifestiez, et ce déséquilibre est à l’origine de la plupart des situations d’oubli.
Elle ne regroupe pas non plus vos avoirs. Si trois sorties de caisse successives ont donné lieu à trois versements d’office, vous pouvez avoir plusieurs positions distinctes, éventuellement ouvertes sous des orthographes différentes de votre nom. Enfin, elle n’a aucune vision de ce que détiennent les autres institutions : elle répond uniquement pour elle-même, ce qui explique qu’une réponse négative de sa part ne referme qu’une seule des pistes possibles.
Institution supplétive, Centrale du 2e pilier, fondation bancaire : qui fait quoi
La confusion entre ces trois acteurs est la première cause de recherche mal orientée. L’un tient un registre, les deux autres détiennent de l’argent.
| Interlocuteur | Rôle exact | Détient l’argent | Sa limite |
|---|---|---|---|
| Fondation institution supplétive LPP | Caisse de dernier recours, gère des comptes de libre passage ouverts d’office | Oui | Elle ne sait rien des avoirs restés ailleurs |
| Centrale du 2e pilier | Registre des avoirs annoncés par les institutions | Non | Elle ne voit que ce qui lui a été annoncé |
| Fondation de libre passage bancaire ou d’assureur | Détient le compte ou la police que vous avez désigné | Oui | Elle ne se manifeste que si votre adresse est juste |
Bon à savoir
Interroger la Centrale du 2e pilier ne dispense jamais d’interroger la Fondation institution supplétive, et l’inverse est tout aussi vrai. Les deux démarches sont gratuites, indépendantes, et ne se recouvrent que partiellement.
Comment interroger la Fondation institution supplétive LPP
La demande se fait par écrit. Elle suppose votre numéro AVS à treize chiffres, votre identité complète, une copie de pièce d’identité et une signature. Le numéro AVS est la clé principale : c’est lui qui permet de retrouver un dossier ouvert sous un nom de jeune fille, une orthographe approximative ou une adresse disparue depuis longtemps.
Une réponse négative n’est pas une conclusion. Elle signifie seulement que cette institution précise ne détient rien à votre nom, ce qui laisse entières les pistes des caisses de pension de vos anciens employeurs et des fondations de libre passage privées. C’est la raison pour laquelle une recherche complète interroge plusieurs registres en parallèle plutôt qu’un seul.
Si un avoir existe, trois suites sont possibles : le transférer dans la caisse de votre employeur actuel, le laisser où il est jusqu’à la retraite, ou en demander le versement si vous remplissez l’un des motifs légaux. Le fait qu’il ait dormi vingt ans ne change rien à vos droits, et il ne se prescrit pas de votre vivant.
Ce qu’il faut retenir
- La Fondation institution supplétive LPP reçoit d’office toute prestation de sortie sans destinataire après six mois
- Le compte est nominatif, conservé sans limite de durée et rémunéré à un taux modeste
- Elle n’écrit qu’à la dernière adresse transmise par votre ancienne caisse
- Elle détient de l’argent, la Centrale du 2e pilier ne tient qu’un registre
- Le numéro AVS suffit pour interroger la fondation, même sans aucun document d’époque
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Questions fréquentes
Comment contacter la Fondation institution supplétive LPP ?
La demande se fait par écrit, avec votre identité complète, votre numéro AVS et une copie de pièce d’identité. La fondation dispose d’agences régionales, dont une pour la Suisse romande, et la démarche est gratuite. Comptez généralement quelques semaines de traitement.
Puis-je perdre mon argent si je ne réclame jamais rien ?
Non, pas de votre vivant. L’avoir reste inscrit à votre nom et continue de porter intérêt. Les avoirs de personnes qui atteindraient un âge très avancé sans jamais s’être manifestées sont transférés au Fonds de garantie LPP, mais cet horizon dépasse de très loin toute situation réelle.
Un compte à l’institution supplétive rapporte-t-il autant qu’une caisse de pension ?
Non. Le taux servi est fixé par la fondation et se situe dans la fourchette des fondations de libre passage, en général en dessous de ce qu’une caisse de pension crédite à ses assurés actifs. Si vous êtes salarié en Suisse, transférer l’avoir dans la caisse de votre employeur est presque toujours plus favorable.
Mon employeur n’a jamais cotisé pour moi, ai-je quand même un avoir ?
Probablement oui, si votre salaire dépassait le seuil d’entrée LPP. L’employeur défaillant est affilié d’office et les cotisations arriérées lui sont réclamées, y compris rétroactivement. Votre avoir de vieillesse est reconstitué même si l’entreprise a entre-temps disparu.
Où chercher ailleurs
Les autres organismes et registres à interroger.
Pour aller plus loin
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